


Un album de famille est toujours rempli d’émotions et de souvenirs, celui du photographe français Bernard Plossu l’est plus qu’aucun autre. Mais quand il nous dévoile, dans le livre "Avant l’âge de raison", les plus belles images qu’il a prises de ses enfants, c’est moins son espace privé qu'il rend tout à coup public qu’une ode sensible et délicate qu’il rend à l’enfance, à toutes les enfances. À chaque page s’inventent ainsi ces mondes enchantés et mystérieux que se construisent les enfants pour eux-mêmes, et qu’accompagnent leurs mots saisis au fil du temps comme : "Je veux prendre mon ombre, papa", ou "L'église, elle croit qu'elle touche le ciel !". Quelque chose de la grâce est ici atteint à travers le regard inégalable de Bernard Plossu dès qu’il s’agit de parler de la vie comme de l’humain.
"Avant l’âge de raison", photographies de Bernard Plossu, texte de William Lord Coleman, Filigranes Éditions, avec le soutien de Neuflize Vie.

Trois questions à Pierre Ickowicz, Conservateur-en-Chef du Château-Musée de Dieppe.
Comment et pourquoi êtes-vous devenu conservateur du Château-Musée de Dieppe ?
Ce métier m’a été révélé par Pierre Bazin, mon prédécesseur, qui vient hélas de nous quitter. Alors étudiant en histoire de l’art et d’archéologie à la Sorbonne, j’y ai découvert et développé, par le contact direct, une intimité intellectuelle et artistique déterminante avec les oeuvres. Cette proximité m’a décidé à m’orienter dans la voie des Musées plutôt que dans celle de l’archéologie, et donc à passer les concours des musées classés et contrôlés par le Ministère de la Culture, ouvrant sur la formation de l’École du Patrimoine (devenue aujourd’hui Institut national du Patrimoine).
Ayant rédigé une maîtrise d’archéologie sur une de ses collections, j’ai eu donc l’occasion de bien connaître la nature et le fonctionnement du Château-Musée, dont la richesse patrimoniale et la force évocatrice m’avaient dès le départ enthousiasmé. Ce lieu est ainsi devenu pour moi un objectif de carrière, objectif atteint plus tôt que prévu, en 1997, après six années passées au Musée Buffon de Montbard.
La personnalité de Pierre Bazin est essentielle dans l’histoire du Musée, comment poursuit-on ce qu’il a
inauguré ?
Pierre Bazin a dirigé le Château-Musée de Dieppe pendant 31 ans, à un an près le plus long mandat, et il a indubitablement marqué la profession des conservateurs. Il a ainsi été un des premiers à exposer ce que les productions humaines, intellectuelles, artistiques, ethnographiques ou manufacturières pouvaient nous dire de l’Histoire et de l’Humanité ; à construire, au sein de ses expositions, des regards croisés d’une grande acuité. Et cela, selon des angles de vue ou des thèmes toujours riches et singuliers comme "La jambe" à travers ses figures et sa symbolique ; les représentations innombrables de l’éléphant dans l’art ; la production industrielle et la société de consommation ; etc. Ce qui prouve l’extrême curiosité et la très grande ouverture d’esprit de cet homme d’une haute culture. Ses relations nombreuses dans le monde de l’art, comme sa sensibilité d’artiste, n’y sont pas pour rien.
Il a par ailleurs enrichi nos collections de nombreuses œuvres d’artistes contemporains qu’il avait invité à exposer au Musée dès 1966, période où les Frac n’existaient pas encore. À la création de celui de Haute-Normandie – à laquelle il a participé en tant qu’Administrateur, puis Membre d’Honneur –, expositions et acquisitions contemporaines n’ont pas faibli pour autant. Au sein de la collection, la création des années 1970-1990 y est non seulement loin d’être négligeable mais présente des parallèles étonnants avec celle du Frac, ce qu’une exposition du Musée a montré en 2008, constituant ainsi un hommage rendu aux actions de Pierre Bazin. Cela a donné également l’occasion de faire le point sur le dépôt d’œuvres de la collection du Frac Haute-Normandie au Château-Musée de Dieppe.
Depuis mon arrivée, ce regard sur l’art d’aujourd’hui a été toujours maintenu, et s’est même ouvert sur des disciplines encore mal représentées comme la photographie, ou a accordé une place privilégiée à la sculpture, dans le cadre entre autres de nos collaborations avec l’Angleterre (Anthony Caro, Henry Moore,…) ; les espaces extérieurs du Château-Musée offrant un cadre unique et merveilleux aux sculptures, tout à la fois ouvert sur la ville et sur la mer.
Quelles relations justement avez-vous avec cette ville de Dieppe et son tissu culturel ?
De par sa situation et son histoire, le Château-Musée a une relation particulière avec le tissu urbain dieppois. À l’instar d’un élément du paysage devenu symbole identitaire, il se présente comme l’îlot patrimonial et artistique du cœur de ville. Ce qui est plutôt flatteur pour un Musée. Plus simplement, il peut être considéré comme un magnifique observatoire de la cité.
Le Musée entretient des rapports multiples et réguliers avec l’ensemble des structures culturelles dieppoises, et cela à travers des collaborations variées : médiathèque autour des projets de recherches historiques ou des projets pédagogiques ; conservatoire avec l’organisation des concerts au musée, Saint-Saëns plus particulièrement ; l’association Dieppe Ville d’Art et d’Histoire, pour les visites-conférences et le développement du service des publics ; Dieppe Scène Nationale autour des projets d’expositions ou de spectacles de danse au Musée ; et enfin, la Maison des Jeunes et de la Culture autour de l’art contemporain, en particulier lors du Mois de l’Image.





