


Le livre pour enfant est un livre à part entière qui peut se révéler d’une richesse inouïe pour les grands comme pour les petits. Les artistes, de tout temps, s’en sont emparés, et il peut être considéré comme un moyen privilégié de sensibilisation à la création. En témoignent les actions du Service des publics du Frac Haute-Normandie que nous aurons l’occasion de vous présenter au cours de l’année prochaine. Pour aujourd’hui, notre coup de coeur sera « Blanc », un livre de David Pelham chez Milan Jeunesse qui nous parle d’animaux et de paysages à travers des « pop-up » éblouissants, ces systèmes extrêmement sophistiqués de découpages et de pliages de papier qui prennent du volume lorsque l’on ouvre les pages. Un voyage poétique tout de papier conçu qui se métamorphose de feuille en feuille. (prix public 24,90 €)

Visiteur régulier et attentif du Frac Haute-Normandie, Pascal Pillu, médecin généraliste, compte parmi les collectionneurs d’art contemporain rouennais. Nous lui avons demandé de dévoiler pour vous sa passion de l’art.
Comment et pourquoi êtes-vous devenu collectionneur d’art contemporain ?
Mon premier contact avec l’art date de ma terminale. Un passeur – mon professeur de philosophie – organisa une visite au Centre Georges-Pompidou à Paris ; devant un triptyque de Bacon un trouble se fit (Unheimlich). Ensuite, je me suis interrogé sur ce que j’avais vu et, animé de soif de connaissance, je me suis documenté sur son travail. Dès que mes moyens me l’ont permis, je suis devenu un « flâneur de l’art » : j’ai visité les musées des grandes villes d’Europe et des États-Unis, les grandes expositions et manifestations internationales (Documenta, Biennale de Venise, etc.).
Tout naturellement, j’ai commencé à acheter des œuvres en 1995 ; j’aime vivre entouré d’objets qui soulèvent sans cesse des questions essentielles comme l’espace, le temps, le langage, l’imaginaire, la mémoire, l’identité, l’intériorité, etc. Cette quête d’art est sans fin, et elle mobilise sans cesse mon désir et donne sens au présent. Je m’aperçois incidemment que l’art me renvoie à mes propres préoccupations : désir de laisser une trace, défi de la mort… Jean Baudrillard a cette phrase : « collectionner, c’est aussi collectionner une part de soi-même ». Ma collection est une sorte de projection composite d’une image de moi.
Vous semblez avoir une relation de très grande proximité avec les oeuvres de votre collection. Sont-elles toutes accrochées sur vos murs ?
Lorsque je n’avais que quelques oeuvres, je pouvais encore les accrocher sur les murs de l’entrée, du salon, de la chambre à coucher… ; j’aimais pouvoir les regarder, poser la main dessus, en sentir la matière. Je me dis que Walter Benjamin a bien raison de prétendre que la collection privée est d’essence tactile ! Mais, à un moment donné – et il existe dans toute collection une telle part d’excès –, il devient nécessaire d’avoir une réserve pour cette part d’œuvres que la maison ne peut plus contenir. À ce moment-là, une autre dimension, un autre privilège merveilleux, apparaît : les oeuvres se trouvent hors de mon regard et je peux en oublier certaines. Du coup, cela me donne l’occasion de les redécouvrir, de retrouver de l’étonnement et de la surprise sur mes propres choix. Disons le d’une autre façon : pour qu’il y ait collection, il faut que le collectionneur ne soit plus tout à fait maître de sa collection !
Aimez-vous également rencontrer leurs auteurs ?
J’entretiens avec les oeuvres une relation de plus grande proximité. Je ne cherche pas à créer des liens avec les artistes, parfois je préfère ne pas les connaître ; j’ai peur que l’oeuvre y perde son intérêt ! De plus, la relation artiste/collectionneur est délicate et complexe : l’artiste n’en attend souvent que des opinions ou des achats…
Leur avez-vous demandé des oeuvres spécifiques ?
À travers mon engagement envers l’art, il m’a semblé en effet nécessaire de passer à une commande spécifique et d’afficher dans mon univers professionnel cette passion. J’ai donc souhaité partager une oeuvre avec mes patients. Didier Courbot, qui avait été présenté au Frac Haute-Normandie durant l’été 2000, fut choisi, car son travail sur l’espace et la parole me semblait pertinent pour cela. Toute la période de dialogue et d’élaboration de ce projet me procura un énorme plaisir, et une réelle prise de risque ! Accepter de ne pas avoir d’a priori, accepter qu’une idée se transforme ou d’y renoncer… Mais j’en étais porté par la nécessité. L’oeuvre habite maintenant mon cabinet médical, et stimule, oriente différemment le regard de certains patients sur l’art contemporain. Je leur offre parfois des clés de décryptage, la parole alors circule et ouvre ensuite sur la richesse intérieure de chaque personne. Je suis heureux de ce prosélytisme, de pouvoir susciter des rencontres, du partage …et pourquoi pas des vocations !
Être collectionneur d’art contemporain à Rouen, est-ce un avantage ou un handicap ?
Habiter Rouen est tout à la fois un handicap et un avantage. Handicap parce que Paris, comme les autres grandes métropoles, concentre la plupart des galeries et institutions qui m’intéresse. Avantage puisque que le paysage rouennais d’art contemporain existe enfin. Depuis 1998, avec l’installation du Frac à Sotteville-lès-Rouen et son programme d’expositions (notamment celle en hommage à James Lee Byars), le musée des Beaux-Arts de Rouen où Laurent Salomé a inauguré un programme régulier d’expositions dans la Galerie d’art contemporain, la Galerie Du Bellay, l’École Régionale des Beaux-Arts de Rouen ou la Galerie Jérôme Ladiray.

