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CODE NOIR. 30 ANS DE SHOPPING du 19 janvier au 24 mars 2013 |
Chaque année, le Frac Haute-Normandie interroge sa collection sous l’angle d'une pratique. Après le médium photographique présenté en 2012, le Frac aborde en 2013 son fonds par le prisme de la couleur.
Dans la constitution du Fonds depuis 1983, le noir occupe une place de choix à travers les différents médiums : la peinture, le dessin, le livre d’artiste mais aussi la photographie et la vidéo. Pour mettre en avant cette singulière présence du noir, le Frac a fait appel au bureau de tendances et de stratégies de mode de Lidewij Edelkoort. En tant que cabinets de recherche de tendances, Studio Edelkoort et Trend Union ont pour métier de prévoir, déceler, analyser et formuler les tendances afin d'aider les industries et les marques à positionner leurs produits. Pour cela, le travail de Lidewiji Edelkoort consiste à conçevoir des cahiers dits "de tendances" qui rassemblent images, échantillons, textes, motifs, dessins…. Pour l’année 2013 et les suivantes, Lidewij Edelkoort a précisément prévu, dans ses cahiers, une résurgence de formes frénétiques, un retour au fantastique et à l’inquiétant, phénomènes qui redonnent à la couleur noire une importance prédominante. C’est en s'appuyant sur ces prévisions et en ayant recours aux modes de présentations qu’elle met en scène dans son showroom parisien, que Lidewiji Edelkoort et son studio ont imaginé l’exposition "Code noir".
À travers cette collaboration, le Frac cherche à transposer les codes issus du domaine de la mode et du champ de la consommation dans une collection publique d’art contemporain. Il entend ainsi poser la question de l’influence de l’économique dans notre appréhension de l’art tout en ouvrant des perspectives sur les rapports des arts visuels à l’air du temps, à la tendance et aux goûts en évolution. Par cette transposition, il cherche également à éprouver les liens toujours plus intriqués qui se tissent aujourd’hui entre magasins et espaces d’expositions, entre le monde de la mode et le domaine de l’art.
Pour accompagner cette exposition sur le noir, le Frac organise tout au long de l’année une série d’expositions sur le territoire normand destinée à présenter la diversité de sa collection selon un code coloriel : le rouge à Elbeuf, le vert à Saint-Nicolas-d’Aliermont, le bleu à Saint-Saëns.
Véronique Souben,
Directrice du Frac Haute-Normandie
Aujourd'hui le noir se fait lustré et magnifique en queue de pie, aile de corbeau ou crin de cheval, se voit en dentelle, en masque de domination, voile de séduction et burka de discrétion. Le noir reflète les opinions comme un institut de sondage de l'air du temps. Les sondages sont d'accord et convaincant ; une fois de plus on vote pour le noir. Mais derrière ce voile sombre se cache une myriade de mentalités, de goûts divergents et de personnages disparates.
Dans un siècle chaotique qui n'arrive toujours pas à trouver son chemin, il semblerait qu'il y ait juste une seule issue. Une direction à prendre. Il faut d'une façon ou d'une autre réaliser une fusion des contraires et un gommage des contrastes pour embrasser et exploiter l'idée d'hybrides créatifs entre les diverses disciplines, pour enfin faire le pont entre les deux cerveaux. Abolir la pensée bipolaire au profit d'une réflexion universelle et holistique.
Soudain le noir semble être le fédérateur des disciplines; le vêtement devient langage, le dessin se veut texte, le volume se voit en aplat, les matières se hérissent, la peinture devient textile, tandis que la photo se pense monochrome et la vidéo se vend tableau. Nous sommes les témoins d’une scène artistique en fusion où tous les arts s’agrègent pour ne faire qu’un seul mouvement, une seule vision et une seule discipline s’adressant à tous les sens, suspendus entre les dimensions. En tant que tel, ce romantisme revisité peut être vu comme une réaction contre la raison, capable d’exalter le mystérieux et le fantastique. Un romantisme pour s’évader de la réalité et pénétrer l’enchantement du rêve, trouvant le sublime dans le morbide et des millions dans une tête de mort. La vanité de la mode et du design nous appelant d’outre-tombe.
C'est probablement pour cela que le noir revient en force parce qu'en lui tout peut se fondre, tout peut s'unifier. Coloris de mélange des genres et de métissage, le noir en devient muet et mat, capable de tout absorber, de tout gommer. Un noir écran total. Une façon d'avancer, de recentrer et d'estomper les différences. Soudain, le noir devient étendard d'un mouvement politique qui n'existe pas encore, un mouvement altruiste en train de naître, une moralité en devenir capable de relancer la création hors des schémas économiques au lieu de subir une fatalité culturelle.
Lidewji Edelkoort,
Commissaire de l’exposition
VERNISSAGE À 18H30
LE VENDREDI 18 JANVIER 2013
AU FRAC HAUTE-NORMANDIE
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